Données & méthode
Ce que montre « Mémoire du feu », d'où viennent les chiffres, et ce que la représentation simplifie.
Les sources
L'expérience couvre le département des Pyrénées-Orientales de 1973 à aujourd'hui. Les incendies proviennent de la base Prométhée, la base de données officielle des incendies de forêt de la zone méditerranéenne française, alimentée par les services de l'État (pompiers, forestiers, gendarmerie). L'extraction utilisée couvre les années 1973 à 2025, soit 5 458 incendies représentant 59 670 hectares parcourus. L'incendie de Trévillach, parti le 4 juillet 2026 et encore trop récent pour figurer dans la base, est intégré à partir des communiqués de la préfecture. Ses chiffres, environ 4 900 hectares et 27 communes évacuées, restent provisoires et seront recalés sur la base officielle dès sa consolidation. Le feu a été déclaré fixé le 11 juillet 2026, après une semaine de lutte.
Le relief est construit à partir des données d'élévation ouvertes du programme Terrain Tiles (Mapzen / AWS Open Data). Les images du territoire sont les orthophotographies de l'IGN, diffusées via la Géoplateforme. La recherche d'adresse du module « Et près de chez vous ? » s'appuie sur l'API Adresse de l'État : aucune adresse saisie n'est enregistrée par ce site.
La méthode
Quinze incendies sont racontés comme des épisodes. C'est une sélection éditoriale parmi les feux les plus importants du demi-siècle, choisie pour couvrir les décennies et les massifs du département. Tous les autres feux d'au moins 50 hectares, soit 140 incendies, apparaissent en arrière-plan au fil des années, et les milliers de feux plus petits sont intégrés au compteur de surface par cumul annuel. Le total affiché en fin de parcours, près de 64 600 hectares, additionne l'ensemble, y compris l'incendie de juillet 2026.
Les dates et surfaces des épisodes sont celles de Prométhée. Les récits qui accompagnent les feux de 2023 et 2026 s'appuient sur des sources publiques (communiqués de la préfecture des Pyrénées-Orientales, France Info, gendarmerie nationale) ; les autres découlent directement des données.
Les quinze feux, un par un
Voici, pour chaque épisode raconté, ce que l'on sait et d'où cela vient. Les surfaces sont celles de la base Prométhée. Les feux les plus anciens sont parfois réduits à leur date et à leur mesure, faute d'archives accessibles, et nous ne comblons pas ces vides.
1976Corbère-les-Cabanes, le feu des Aspres
Officiellement appelé « feu des Aspres », parti le 28 juillet 1976 de la décharge communale de Corbère-les-Cabanes, il reste le feu de référence du département. Attisé par la tramontane et une sécheresse extrême, il brûle plus de soixante heures d'affilée et parcourt plus de 6 600 hectares, de Caixas et Montauriol jusqu'à Llauro, Oms et les portes du Vallespir. Le même jour, un second feu ravage 1 500 hectares à Sournia. À eux deux, ils totalisent plus de 80 % de la surface brûlée dans le département cette année-là. C'est ce sinistre qui, le premier, a poussé à renforcer le débroussaillage et les pare-feu.
Sources : mémoire L. Ramond, Polytech Tours (d'après Prométhée), madeinperpignan.
1976Sournia
Éclos le même 28 juillet 1976 que le feu des Aspres, à une vingtaine de kilomètres, il parcourt plus de 1 500 hectares. Les deux feux du jour représentent à eux seuls plus de 80 % de la surface incendiée de l'année. Au-delà de la date et de la surface, confirmées par la base Prométhée, les archives en ligne n'en gardent presque aucune trace. Il ne reste, de ce feu, guère que le chiffre.
Source : mémoire L. Ramond, Polytech Tours (d'après Prométhée).
1978Campôme
Le 31 août 1978 ouvre la série la plus noire qu'ait connue le département, cinq grands feux en trois semaines, du 31 août au 23 septembre, qui totalisent plus des trois quarts de la surface brûlée de l'année. Campôme, plus de 2 000 hectares, en est le premier. La commune rebrûlera, huit ans plus tard, en 1986.
Source : mémoire L. Ramond, Polytech Tours (d'après Prométhée).
1978Port-Vendres
Le 12 septembre 1978, la Côte Vermeille brûle sur deux fronts. À Port-Vendres, 2 500 hectares partent en fumée au-dessus de la mer. Le même jour, un feu parti de Banyuls-sur-Mer chevauche la frontière et parcourt plus de 18 000 hectares, dont environ 3 000 côté français, de Cerbère au Perthus. C'est le pic de l'été noir de 1978.
Source : mémoire L. Ramond, Polytech Tours (d'après Prométhée).
1978Bouleternère
Le 23 septembre 1978, Bouleternère clôt la série. Ses 1 800 hectares en font le cinquième et dernier grand feu de l'été noir. Le bilan de l'année restera une référence sombre. Près de trente ans plus tard, le grand feu de Tarerach de 2005 sera encore décrit comme le plus dévastateur depuis 1978.
Source : mémoire L. Ramond, Polytech Tours (d'après Prométhée).
1983Banyuls-sur-Mer
Août 1983, 780 hectares sur les hauteurs de Banyuls, au-dessus des vignes en terrasses. Ce feu figure dans la base Prométhée, mais les archives en ligne n'en conservent aucun récit. Nous ne l'affichons donc qu'à partir de sa date et de sa surface, sans en inventer le détail.
Source : export Prométhée. Aucune corroboration en ligne trouvée.
1986Campôme
Le 20 juillet 1986, Campôme brûle de nouveau, huit ans après le feu de 1978. Les 1 260 hectares partent dans un secteur situé entre le village, Urbanya et le col de Jau, « quasiment inaccessible aux véhicules des pompiers », après un été de sécheresse où la région n'avait « pas reçu une goutte d'eau depuis trois mois ».
Sources : mémoire L. Ramond, Polytech Tours, chronique H. Legrais, France Bleu Roussillon.
1986Banyuls-sur-Mer
Le lendemain du feu de Campôme, le 21 juillet 1986, Banyuls brûle à son tour, 1 500 hectares. Une cinquantaine de maisons et deux campings doivent être évacués, un mas est soufflé par l'explosion de ses bouteilles de gaz, et une pluie de cendres tombe sur la Côte Vermeille. En deux jours, deux fronts se sont allumés à une soixantaine de kilomètres l'un de l'autre.
Sources : mémoire L. Ramond, Polytech Tours, chronique H. Legrais, France Bleu Roussillon.
1989Opoul-Périllos
Le 26 août 1989, sur les garrigues des Corbières, le feu d'Opoul parcourt 1 500 hectares, soit 71 % de toute la surface incendiée du département cette année-là. Les Corbières, landes et maquis ouverts où le feu court sans obstacle, sont l'un des fronts récurrents du département, avec la Côte Vermeille et la vallée de la Têt. Comme pour d'autres feux anciens, la base Prométhée en garde la mesure exacte, mais peu de récits en subsistent.
Source : mémoire L. Ramond, Polytech Tours (d'après Prométhée).
2005Tarerach
Le 22 août 2005 à 14 h 13, un feu se déclare à Tarerach. En deux heures et demie, poussé par la tramontane, il parcourt 700 hectares, franchit la Têt puis la route nationale, et encercle Rodès où les flammes atteignent le clocher de l'église. Maîtrisé au petit matin, il aura brûlé près de 2 000 hectares, le plus grand feu du département depuis 1978, et coûté un œil à un sapeur-pompier. Vingt ans après, les habitants de Rodès en parlent encore comme d'une nuit terrible.
Source : France 3 Occitanie (2025).
2016Montalba-le-Château
Le 11 août 2016, un jour de tramontane à 70 km/h et d'une trentaine de départs de feu dans le département, l'incendie de Montalba-le-Château parcourt plus de 1 300 hectares. La RN 116 est coupée, Rodès confinée, un élevage de lamas évacué à Ille-sur-Têt. La cause n'a jamais été établie. Un départ voisin, le même jour, a fait l'objet d'un appel à témoins pour suspicion d'origine criminelle. La presse du moment évoquait environ 1 100 hectares, la base Prométhée en retient 1 308.
Sources : France Bleu Roussillon, France 3 Occitanie (appel à témoins).
2022Opoul-Périllos
Le 28 juin 2022, huit départs de feu s'échelonnent de 11 h 26 à 18 h 34 autour d'Opoul-Périllos et Salses-le-Château. Sous la tramontane et la sécheresse, le feu parcourt près de 950 hectares, 942 selon Prométhée, coupe l'autoroute A9 de 17 h à 2 h du matin et perturbe la ligne SNCF. Trois campings sont évacués, douze maisons sauvées à Rivesaltes, sept sapeurs-pompiers légèrement blessés. Fin juin à peine, et déjà le plus gros feu de l'année en France. La saison des feux commence de plus en plus tôt.
2023Banyuls-sur-Mer et Cerbère
Le 16 avril 2023, un feu se déclare vers 9 h 30 à l'anse de Peyrefite, à Cerbère, et se propage le long de la voie ferrée avant d'être rabattu par la tramontane. Le vent souffle à plus de 80 km/h, avec des rafales à 120, et les Canadairs restent cloués au sol. Le feu franchit la frontière espagnole près de Portbou et parcourt jusqu'à 930 hectares dans la journée, 724 selon Prométhée. Trois cents personnes sont évacuées à Cerbère, la ligne Perpignan-Portbou coupée. Deux hommes ont depuis été mis en examen pour imprudence. C'est le premier grand feu de forêt de l'année 2023 en France, en plein mois d'avril, au terme d'un hiver marqué par un record national de 32 jours consécutifs sans pluie.
Sources : préfecture des Pyrénées-Orientales, Météo-France (record des 32 jours), France 3 Occitanie (mise en examen).
2023Argelès-sur-Mer et Saint-André
Le 14 août 2023 en fin d'après-midi, un feu parti de Saint-André gagne Argelès-sur-Mer et Palau-del-Vidre, en pleine saison touristique. En quelques heures, il parcourt 404 hectares et contraint près de 3 000 personnes à évacuer campings et lotissements. Le camping des Chênes rouges, à Argelès, est en partie détruit. Plus de 650 pompiers et huit Canadairs interviennent, le feu est fixé au petit matin. La cause n'a pas été établie.
Source : Cent pour Cent Roussillon.
2026Trévillach
Le 4 juillet 2026, un feu parti de Trévillach ravage les collines du nord de la vallée de la Têt et parcourt environ 4 900 hectares, le plus violent du département depuis 1976. Il est déclaré fixé le 11 juillet, après une semaine de lutte, arrêté aux portes du massif des Aspres que le grand feu de 1976 avait, lui, entièrement traversé. Les chiffres restent provisoires, tirés des communiqués de la préfecture, en attendant leur consolidation dans la base Prométhée.
Sources : communiqués de la préfecture (juillet 2026), Copernicus EMS.
Les limites
Prométhée localise les feux par commune, sans coordonnées précises. Chaque incendie est donc positionné au chef-lieu de sa commune de départ : la position réelle du départ de feu peut s'en écarter de plusieurs kilomètres.
Les contours des zones brûlées ne sont pas les périmètres réels : ce sont des formes reconstituées à partir de la surface officielle, allongées dans le sens du vent dominant (la tramontane, du nord-ouest vers le sud-est). Elles donnent l'ordre de grandeur, pas le tracé exact. Seul l'incendie de juillet 2026 peut être affiché avec son contour cartographié, issu du service européen Copernicus EMS, lorsqu'il est disponible.
Les surfaces officielles peuvent différer des bilans publiés à chaud dans la presse. Exemple : l'incendie de Cerbère et Banyuls-sur-Mer d'avril 2023 est recensé à 724 hectares dans Prométhée, quand les bilans des secours évoquaient environ 930 hectares. Nous affichons les chiffres de la base officielle.
Remerciements
Aux sapeurs-pompiers des Pyrénées-Orientales et à tous ceux qui luttent, chaque été, sur les fronts de feu du département.